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    December 05

    Légendes de Noël en Bretagne

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    La nuit de Noël

    La nuit de Noël est parfois appelée la nuit des merveilles. On dit en effet que, cette nuit- là, les animaux parlent couramment.
     Il suffit de prêter l'oreille pour entendre leurs prédictions.Les arbres se mettent à reverdir,
    et leurs branches se couvrent de fleurs et de fruits descendus du paradis.
     Entre le premier et le douzième coup de minuit, les trésors sortent de leurs cachettes et sont révélés à tous.
     Mais, au douzième coup de l'horloge, tout disparaît à nouveau dans l'ombre.
    En Bretagne, on dit que l'Ankou, inquiétant personnage vêtu de noir et porteur d'une faux,
     symbolisant la Mort, entre dans les églises au moment de la messe de minuit et effleure de son doigt
    squelettique ceux qui mourront dans l'année.
    C'est également cette nuit-là que les dragons s'éveillent de leur long sommeil d'une année
    et dansent au clair de lune en compagnie des licornes au pelage de lune et au sang d'argent.
     On raconte qu'un vieux paysan sceptique refusait de croire aux miracles de la nuit des merveilles.
    Le fait, notamment, que les animaux se mettent à parler le langage des hommes lui semblait totalement improbable.
     Pour en avoir le coeur net, une nuit de Noël, il laissa les siens se rendre à la messe de minuit
     et se cacha au fond de son étable pour épier ses animaux.
     Au moment où, à l'église, sonna la cloche de l'élévation, il vit ses boeufs fléchir les genoux pour prier.
     Quand ils eurent achevé leur oraison, ils se mirent à converser familièrement en langage humain,
    de sorte que le paysan put comprendre tout ce qu'ils disaient. - L'année va bien mal commencer, soupira le premier.
     Nous allons avoir un méchant travail à accomplir. - Pourtant, dit le second, les labours sont terminés,
    les récoltes sont rentrées et le bois est charrié pour l'hiver.
     - Oui, mais demain nous aurons à traîner un lourd cercueil jusqu'au cimetière, car notre maître,
     homme sans foi, va mourir ce matin même.
     A ces mots, le paysan poussa un cri d'épouvante.
    En rentrant de la messe, les siens le trouvèrent étendu sans vie sur le sol de l'écurie.
     Depuis lors, les animaux continuent à parler couramment durant la nuit sainte,
     mais plus personne n'a cherché à surprendre leur conversation.

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     En basse Bretagne, la nuit des merveilles est appelée la noz Petquent.
    Lorsque les douze coups de minuit sonnent au clocher du village, on dit que des légions de korrigans,
    de poulpiquets, de teus et de korils quittent leurs demeures souterraines pour s'en aller courir sur les grèves de sable blanc
     et les landes couvertes d'ajoncs.
     Près des fontaines et des cours d'eau, on entend alors chanter les lavandières de nuit,
    les gardiennes des sources et les fées des bois.
     C'est l'heure où les dolmens s'entrouvent, laissant voir les trésors immenses qu'ils recèlent.
     Les cromlechs dansent en rond le dans an dro au sommet des montagnes chauves.
     Les pierres branlantes oscillent sur leur base. Entre les douze coups de minuit,
     les menhirs de Carnac rompent leur sage alignement et se mettent à galoper comme des taureaux furieux
    vers l'anse de Saint-Colomban ou la rivière d'Etel.
     Là, ils plongent leur museau de pierre dans la mer et boivent à longs traits.
     Une fois leur soif étanchée, lorsque résonne le douzième coup, ils reviennent prendre leur place,
    où ils demeureront sans bouger jusqu'au Noël suivant.
     La même nuit, le menhir de La Houssaye, à trois kilomètres de Pontivy, s'en va boire à une fontaine voisine.
     C'est le seul moment où il est possible de découvrir les trésors qu'il protège et de s'en emparer.
     Mais son absence ne dure que le temps des douze coups de minuit, et quiconque oserait se pencher sur
     le trou laissé par le bloc de granit risquerait d'être écrasé à son retour.
     Les menhirs de haute Bretagne se déplacent aussi : celui de Jugnon s'en va boire à la rivière d'Arguenon,
     tandis que celui qui se trouve au sommet du bois de Mont-Beleux est soulevé par un merle
     entre les douze coups de minuit.
    Cette nuit-là, les sorcières s'en vont dans les bois nu pieds, en chemise, et cueillent l'herbe d'or
     en glissant la main droite sous la main gauche.
     Grâce à cette herbe magique, les pierres divagantes s'arrêteront devant elles pour leur livrer leurs richesses.
     Sans cette protection, les sorcières seraient écrasées par les masses de granit avant de pouvoir leur dérober leurs trésors.
    Et, même si elles parvenaient à s'enfuir à temps et à éviter la collision avec les pierres devenues folles,
     les écus d'or et les pierreries rutilantes qu'elles seraient parvenues à voler se transformeraient chez elles en feuilles mortes,
     en blocs de charbon ou en coquillages nacrés.
    De tous les endroits de basse Bretagne où se regroupent les fées blanches et les petits dus au cours
     de la nuit des merveilles, le plus fabuleux est la Lew-Drez, la "lieue de grève",
    qui domine le grand rocher bleu de Roc' Hél-Glas (ou Roc Hellas).
    Au milieu de cette grève, à marée montante, lorsque le premier coup de minuit retentit
     au clocher du bourg Saint-Michel, s'ouvre une caverne immense remplie de trésors d'une richesse
     telle qu'aucun roi au monde n'en a jamais possédé de semblables.
     Il s'y trouve de l'or à foison, des pierreries, des joyaux et des tissus fins.
     L'objet le plus précieux se situe tout au fond de la grotte, dans la dernière salle.
    Il s'agit d'une coupe qui confère tous les pouvoirs à celui qui parvient à s'en rendre maître.
     Cependant, aucun aventurier n'a jamais réussi à s'emparer de la coupe enchantée,
     qui n'est pourtant gardée ni par un dragon au souffle délétère ni par des soldats en armes.
    Ce sont de pures jeunes filles qui la protègent. mais ces vierges sont si belles que celui qui les contemple
     en oublie la coupe et les douze coups de minuit qui retentissent au clocher.
     Au douzième coup, en effet, les parois de la grotte se referment, et quiconque demeure à l'intérieur se retrouve à jamais prisonnier.
    De mémoire d'homme, jamais personne n'est revenu vivant de cette expédition.
     A Plouliliau, dans le Finistère, on raconte qu'un mendaint révéla à un brave jeune homme répondant
     au nom de Jean Skouarn que, la nuit de Noëll, la mer s'entrouvrait sur la grève pour laisser voir un château
    magnifique à l'intérieur duquel une belle princesse demeurait captive.
    Pour la délivrer et entrer en possession de ses nombreux trésors, il fallait traverser toutes les salles du château
    entre le premier et le douzième coup de minuit sans s'arrêter un seul instant.
    Dans la dernière salle se trouvait une baguette magique qui conférait tous les pouvoirs à celui qui s'en emparait à temps.
     S'il n'y réussissait pas, il était en revanche transformé en statue.
     Jean Skouarn tenta l'aventure, et traversa toutes les salles sans s'attarder sur les mystères qu'elles recelaient.
     Il aperçut dans la première salle de splendides trésors.
    Dans la deuxième, des dragons et des animaux féroces qui menaçaient de se jeter sur lui.
     Dans la troisième, de langoureuses jeunes filles qui tentèrent de le séduire.
     Dans la quatrième, les statues des aventuriers qui avaient tenté leur chance avant lui.
    Enfin, il parvint dans la dernière salle, où se trouvait la baguette, qu'il saisit au moment même
     où résonnait le douzième coup de minuit.
     C'est ainsi que le brave Jean Skouarn put délivrer la princesse qu'il épousa bientôt, et emporter tous les trésors du palais.
     Avec une partie d'entre eux, il fit construire une chapelle dans laquelle on peut se recueillir encore aujourd'hui.
    La même nuit, dans la baie des Trépassés, la mer laisse voir pendant une heure la ville d'Ys,
    engloutie à cause des péchés de ses habitants.
     Saint Correntin vient y célébrer la messe de minuit dans la cathédrale illuminée.
     Au moment où l'office va s'achever, le saint se tait, se tourne vers les fidèles et attend.
    Il suffirait alors qu'un mortel suffisamment courageux descende sous les flots, entre dans la cathédrale engloutie
    et prononce ce seul mot, "amen", pour que la ville d'Ys sorte de l'eau et renaisse au soleil.
     Mais on dit aussi que, le jour où Ys revivra, Paris plongera sous les flots et la France changera de capitale.
     
     
     

    Comments (1)

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    ♥ Soniawrote:
    Wow! Elles sont magnifiques ces légendes!
    J'aime tout particulièrement la première. Vouloir
    tout savoir n'est pas toujours bon. La curiosité
    malsaine a toujours un prix...
    Dec. 5

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